



Paris, ville lumière. Argentique, 2022-2024.
Cela fait aujourd’hui un mois, jour pour jour, que j’ai pris mes cliques et mes claques et quitté Paris. Si ne serait-ce que cinq bagages – dont une seule valise à roulettes (que j’arrivais à peine à soulever), un vieux sac en tissu noir (qu’on aurait dû plutôt appeler un cercueil), mes deux sacs à dos de randonnée (casques d’escalade et de vélo accrochés pour donner l’air d’être une vraie vadrouilleuse), et le fameux sac vert Microsoft (si vieux que mon ancien patron voulait le prendre en photo, tel un vestige vintage) – puisse être considéré des cliques et des claques. Un très léger euphémisme, si je puisse me le permettre. Ma coloc attestera que c’était peut-être un peu ambitieux de vouloir déménager en train. Arriver à tout caser dans la voiture 17 n’était pas mince affaire, non pas facilitée par les agents de la SNCF, mais si par un très gentil monsieur qui m’a aidé à porter la livraison jusqu’à mon wagon. Wagon, qui, évidemment, était l’avant-dernier des deux trains accrochés, c’est-à-dire, à l’autre bout du quai, c’est-à-dire que j’ai dû taper mon meilleur sprint pour aller récupérer la cargaison numéro dos. Mais après tout, Paris-Barcelone, ce n’est que 7 heures de train.
Le départ se déroule comme suit : Gare de Lyon, 9 heures du matin. Pour une fois, je ne suis pas en retard. Pas question de louper le train qui m’emmène loin de la capitale. Pas forcément parce que mon billet est déjà acheté, et que si je ne pars pas aujourd’hui, i might overstay my welcome (après tout, je squatte le nouveau studio de ma coloc, et mon bazar occupe bien un 20% de ses 30m2), mais plutôt parce que rater ce train après avoir fait tous mes adieux, s’être mentalisé que j’allais bien et bel enfin partir, ce 25 septembre 2024, n’est pas au programme, étrangement. Alors je suis à l’heure. Autre couic qui rajoute du peps à l’aventure : mon téléphone a décidé de rendre l’âme la veille de mon départ. Comme s’il avait jugé qu’il n’y avait plus rien à dire une fois Paris derrière moi. Résultat : lorsque le chauffeur de taxi, chez qui j’ai sûrement oublié quelque chose – mais quoi, au juste ?!- m’appelle trois fois de suite, je ne peux pas décrocher. Je recompte tous mes bagages, un deux trois quatre cinq, il y en a bel et bien cinq, quoique j’ai oublié, ce n’est pas bien grave.
Un départ ne peut pas vraiment refléter deux ans et demi de vie parisienne. Je compte les jours qui passent au rythme de l’horloge du musée d’Orsay. Je parcours les rues pavées, mal aimées de la roue de mon vélo, qui se sont aujourd’hui transformées en des allées boisées. Un long dimanche, non pas de fiançailles, mais de solitude au jardin du Luxembourg. Une chaise verte près du bassin, ça ne se refuse jamais. Et puis, il y a ces réverbères qui s’allument, à quelle heure ? je ne sais plus. comme ces pensées qui murmurent, après tout, ce n’était pas si mal.
























